Tendre et Cruel aux Abbesses

J'ai tué le Lion de Némée

Ce sont les derniers jours de la pièce Tendre et Cruel de Martin Grimp aux Abbesses. Pièce assez peu connue du dramaturge anglais, la troupe des Abbesses, sous direction de Brigitte Jacques s'est lancé dans l'aventure sulfureuse de cette récriture sociétale des Trachiniennes de Sophocle.

                        Amélia attend son Général, en gémissant après son fils, un ado attardé méprisé par son monde; mais entourée de femmes de chambre et de caméras, braquée sur sa misère superbe de femme délaissée. La fille d'un terroriste africain vient bouleverser son monde, victime du désir fou du Général-Hercule, ramenée à la maison de force après le massacre de son village.
            tendre-et-cruel.jpg Cela a suscité de nombreuses réactions autour de moi et j'avoue qu'il est assez intéressant de voir qu'un texte porté à la scène arrive à diviser de cette manière son public. L'univers glamour du début ne convainc pas, c'est une pièce qui s'essouffle bien vite. Le tout est mené tambour battant par une Marylin déglinguée et son amant, un bureaucrate insignifiant d'un système corrompu. Le texte de Grimp malgré quelques répliques enlevées semblent assez obscur voire bas de plafond pour Amélia, chef criard d'un univers sans épaisseur. Cependant certains acteurs de second plan comme la femme de chambre (remarqué dans Suréna pour sa voix grave et profonde) ou un journaliste ivre, image éphémère d'une vérité dissimulée, viennent sauver cette 1ère partie. On peut s'interroger sur le décor de Jacques de ce début très symbolique: le lit marital, vide depuis le départ du Général (Hercule) en Afrique autour duquel querelles et intrigues se nouent et se dénouent dans un ballet incessant, mais cette métaphore reste inachevée. Les acteurs cherchent sans arrêt à détruire ce décor: une réalité fragile à l'image de la toile blanche de fond qui sépare les personnages, du drame.             
Le suicide d'Amélia marque la fin de cette atmosphère bancale du début pour faire tomber le voile sur la réalité morbide de ce monde qui se voudrait manichéen mais qui est un spectacle de marionnettes où les hommes et les femmes y font leurs sorties, leurs entrées. Dans cette seconde partie, on retrouve avec plaisir le décor minimaliste de Jacques: musique sombre, décor épuré notre attention est toute porté sur Hercule, géant majestueux de gravité. Il offre aux spectateurs des monologues magnifiques sur la relation entre les êtres, leur vision du bien, du mal ou les désirs de l'existence humaine, seul sur le lit blanc de la scène noire. Le terrorisme reste comme une menace latente dans ce monde cauchemardesque et surréaliste où la volonté humaine de pouvoir abat les limites du monde juste. Notre Hercule campe un personnage schizophrène, trahi par sa force légendaire et ses mains, qui ont autrefois ôté la vie au lion de Némée et qui tremblent aujourd'hui devant son destin brisé.

La destitution tragique du héros et sa désillusion vont venir conclure le propos du dramaturge: comment l'appétit humain cause sa propre perte. C'est ce renversement qui donne tout son sens à l'œuvre de Grimp: son discours lyrique le place ainsi en prophète du sort de l'Humanité.

 V.Roland

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Date de dernière mise à jour : 25/02/2013

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