Masculin/masculin: l'homme entre fragilités et Idéal

Entre statues et peintures, le nu masculin est à l'honneur en ce moment au Musée d'Orsay. Cette expo s'érige tout d'abord en pionnière du genre: en effet, peu d'expositions traitepromethee-moreau.jpg du sujet du nu masculin exclusivement, réservant plutôt ce sujet aux salles de cours des Beaux-arts. Quoi qu'il en soit, le pari osé de cette exposition repose sur un fil directeur plus délicat et sensible qu'il n' y parait: elle montre comment après avoir était le seul canon archétype de toutes les époques, de l'antiquité à l'Epoque moderne ,l'image de l'homme nu, exposé est tombée en disgrâce. Dissimulé aux yeux du public afin de préserver les bonnes mœurs de la société, elle fait ici un retour triomphale.  
Le corps de l'homme est dévoilé dans tout son Idéal esthétique mais aussi dans sa souffrance: tordu de douleur, ou prostré, l'homme se révèle fragile, loin de l'Idéal de la statuaire mais  laisse apercevoir une souffrance cachée.  Et pourtant ce corps n'a rien à envier à la l'image féminine, souvent encenser dans les arts par les peintres et les sculpteurs: les artistes s'attachent à représenter la moue insolente de l'éphèbe et la musculature de l'homme virile dans une lascivité sans équivoque et sans ambigüités. day-fred-holland-1864-1933-ebony-and-ivory-1.jpg
Sa nudité fascine autant les spectateurs de l'œuvre que le public attentif du Musée. On est attiré par cette démonstration de force et par la faiblesse qu'il semble parfois laissé échapper dans un soupir. Domination ou Soumission, le ton est donné: tout tourne donc autour de cette bipolarité entre le héros viril ( on pense au Mercure de Pierre et Gilles), à l'homme fragile et défectueux. La puissance que dégage peinture et sculpture afin d'exalter pureté ou lascivité, force ou faiblesse, est déconcertante. L'homme se dévoile, se déshabille avec une élégance et un mystères comme dans les œuvres photographiques de Holland Day ou de Voinquel( Ivory and Ebony ou la célèbre photo de Jean Marais). Et plus intéressant encore, c'est la dimension du divin de l'homme qui derrière une sorte d'exhibition voulue (de sa force et de son corps musclé) cache son humanité. Quand on avance plus loin dans cette exposition, on aperçoit une salle dédié à l'homme d'aujourd'hui, aux Dieux du Stade. C'est un véritable hymne à la gloire des athlètes comme des héros modernes identiques aux marbres antiques, et on peu se poser alors la véritable question que soulève cette exposition: Et si notre société était à la recherche de nouveaux canons masculins à glorifier? La femme, glorifiée par les œuvres et aujourd'hui en passe de prendre le pouvoir dans la guerre des sexes as t'elle du souci à se faire face à cet homme, en quête du regard de l'autre et de son admiration, s'exposant ainsi sans pudeur?
Dans cette exposition anatomique, on assiste à une véritable confession des failles de l'homme dans sa simplicité humaine mais qui rayonne d'une certaine aura d'un Idéal nouveau. L'homme qui s'abandonne et se livre donc dans un silence d'églises rythmé par quelques gloussements du public devant cet objet de désir revisité.
Evidemment, une mention spéciale à l'œuvre de Ron Mueck avec son Père Mort qui illustre parfaitement la simplicité et la beauté de cet abandon masculin.

V. Roland

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Date de dernière mise à jour : 29/10/2013

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