Thiollier au Musée d'Orsay

La fumée Noire de Saint Etienne

  Photographe stéphanois de la fin du 19e siècle, Félix Thiollier a su capter le romantisme de la nature du Forez et son irrémédiable évolution durant l'aire industrielle. C'est dans une ambiance froide que l'on découvre l'exaltation par la photographie, d'un lieu sans beauté mais qui par sa force réaliste impose une nouvelle esthétique. Le Musée d'Orsay a l'art de créer des atmosphères afin d'aider le spectateur à mieux appréhender les œuvres exposées: on a pu le voir il y a quelques mois avec Les Impressionnistes et La Mode. Cette fois encore, nous somme plongés dans le ressenti de l'artiste, son univers, réifié grâce à cette ambiance pesante de mine, faiblement éclairée.             

Les monochromes de Thiollier à la fois mélancoliques et décomplexés, permettent de fixer un idéal champêtre dc-musee-dorsay-thiollier.jpg'une vision fragile du monde naturel: il magnifie ces hommes et ces femmes qui ne font qu'un avec le panorama infini du Forez. L'artiste représente un temps qui s'écoule lentement et c'est donc tout naturellement qu'il va montrer l'évolution du lieu: des brumes fantomatiques romantiques aux fumées noires des usines à coke. En fragmentant l'espace naturel, il crée un décor épuré où l'homme s'enracine pour devenir un élément du paysage. Thiollier nous montre donc comment du travail de l'homme et des machines peut surgir la beauté et le mystère de ces paysages embrumés.


A la fin du 19ème siècle, Cette nature s'impose à lui, une nature changée par la main de l'homme : sous ce ciel encrassé, l'artiste rend compte des changements de la société industrielle. On apprécie surtout le regard objectif que pose le photographe sur le quotidien ouvrier, divisé entre religion et travail: ce ne sont ni les yeux d'un Zola, ni d'un paternaliste qui idéaliserait les vertus d'un travail pénible. Il s'agit d'une vraie recherche d'esthétisme sans jugement. enfants-grapilleurs-thiollier.jpg

Certaines œuvres sont particulièrement marquantes et jalonnent le parcours d'images de cette Cité fourmillante, animée d'ombres et de lumière. Les enfants du mont Crassier ou les ombres fantomatiques de deux ouvriers dans une aciérie sont les acteurs de ce lieu solitaire silencieux, où la fumée et les flammes, véritables effets spéciaux de ce décor, étouffent l'espace.                              

Thiollier a aussi su immortaliser l'émotion de ce monde noir, la réalité poignante du travail de ces enfants, la queue des jours de paye et le vent qui glace les membres des travailleurs. Ainsi, il montre le Forez dans toute sa grandeur et dans ce qu'il a de plus misérable: "où tout même l'horreur tourne à l'enchantement", l'œil acéré d'un Baudelaire des mines en somme.

Un enfant qui se confond avec la paysage, des ouvriers qui s'abaissent à  une tâche sans fin mais un lieu sublimé par la photographie où se confond Ciel et Terre, voilà le charme exotique de la pauvreté, voilà la réalité de Saint-Etienne.

 

H. Le Roux et V.Roland

 

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Date de dernière mise à jour : 25/02/2013

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